À quel moment de la vente l’urbanisme se vérifie
Une vente passe en général par la mise en vente, un avant-contrat (promesse unilatérale ou compromis), puis l’acte authentique chez le notaire.
| Étape | Ce qui se joue côté urbanisme |
|---|---|
| Mise en vente et visites | Le vendeur rassemble titres, autorisations de travaux et diagnostics. Pour un bien soumis à l’état des risques, l’annonce indique comment accéder aux informations sur les risques, et l’état des risques est remis lors de la première visite, si elle a lieu (article L125-5 du code de l’environnement). |
| Signature de l’avant-contrat | Pour un immeuble bâti, le dossier de diagnostic technique, qui comprend le cas échéant l’état des risques, est annexé à la promesse ou, à défaut, à l’acte (article L271-4 du code de la construction et de l’habitation). Les conditions suspensives se négocient à ce moment. L’acquéreur non professionnel d’un logement dispose ensuite d’un délai de rétractation de dix jours (article L271-1 du même code). |
| Entre l’avant-contrat et l’acte | Le notaire réunit les pièces : renseignements d’urbanisme, déclaration d’intention d’aliéner si le bien est soumis à un droit de préemption (la collectivité a deux mois pour répondre, article L213-2 du code de l’urbanisme), servitudes, autorisations des travaux passés. |
| Acte authentique | Le notaire constate la réalisation des conditions suspensives et informe les parties de ce que révèlent les pièces. |
Le devoir d’information du vendeur
Le code civil pose une règle générale : la partie qui connaît une information dont l’importance est déterminante pour le consentement de l’autre doit l’en informer, dès lors que l’autre l’ignore légitimement ou fait confiance à son cocontractant. Ce devoir ne peut être ni limité ni exclu ; son manquement engage la responsabilité de celui qui y était tenu et peut entraîner l’annulation du contrat (article 1112-1 du code civil).
En matière d’urbanisme, peuvent ainsi devoir être signalés, selon les circonstances : une extension réalisée sans autorisation, une servitude ou un emplacement réservé connu du vendeur, un litige avec la mairie ou un voisin. Le vendeur a intérêt à remettre au notaire, dès le début, les autorisations obtenues et les courriers reçus.
S’y ajoutent le dossier de diagnostic technique et l’état des risques ; faute d’état des risques, l’acquéreur peut poursuivre la résolution du contrat ou demander une diminution du prix (article L125-5 du code de l’environnement).
Le devoir de conseil du notaire
Aucun code ne dresse la liste des vérifications d’urbanisme du notaire. Son devoir d’information et de conseil, construit par les tribunaux, est sanctionné par sa responsabilité civile (article 1240 du code civil). La Cour de cassation a jugé, par exemple, qu’une note de renseignements d’urbanisme muette sur le risque d’inondation ne dispensait pas le notaire de son obligation de s’informer de l’existence d’un arrêté préfectoral publié relatif à un plan de prévention des risques d’inondation, et a cassé l’arrêt qui l’avait mis hors de cause (Cass. 1re civ., 14 février 2018, n° 16-27.263).
Ce que le notaire réunit en pratique
On y trouve souvent :
- des renseignements d’urbanisme : une note de renseignements d’urbanisme, un certificat d’urbanisme, ou les deux. La note, issue d’une circulaire du 13 décembre 1950, est une pièce purement informative qui ne crée aucun droit (réponse ministérielle publiée au JO de l’Assemblée nationale le 27 août 2013). Aucune loi ni aucun décret n’impose de l’annexer à l’acte, même si elle y est souvent jointe en pratique ; voir ce que contient une note et la différence avec le certificat ;
- la purge des droits de préemption : si le bien est dans un périmètre de préemption, la déclaration d’intention d’aliéner est obligatoire, à peine de nullité de la vente (article L213-2). Voir le droit de préemption urbain et la DIA ;
- les servitudes : de droit privé, relevées dans les titres, et servitudes d’utilité publique annexées au PLU (article L151-43) ;
- les autorisations des travaux passés, lorsque le bien a été agrandi ou transformé : permis, déclaration préalable, déclaration d’achèvement (voir ci-dessous) ;
- les documents remis par le vendeur : dossier de diagnostic technique, dont l’état des risques.
Note d’urbanisme, diagnostics et état des risques
| Document | Obligatoire ? | Ce qu’il dit |
|---|---|---|
| Dossier de diagnostic technique | Oui pour la vente d’un immeuble bâti : annexé à la promesse ou, à défaut, à l’acte (article L271-4 du code de la construction et de l’habitation). | L’état technique du bien : plomb, amiante, termites, gaz, électricité, performance énergétique… |
| État des risques | Oui lorsque le bien est dans l’une des zones visées par la loi (article L125-5 du code de l’environnement) ; intégré au dossier de diagnostic, ou annexé à la promesse ou à l’acte pour un terrain non bâti. | Les risques naturels, miniers et technologiques, la sismicité, le radon, le recul du trait de côte, l’obligation de débroussaillement. |
| Certificat d’urbanisme | Non : demande facultative (article L410-1 du code de l’urbanisme). | Les règles d’urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et les taxes ; elles ne peuvent être remises en cause pour une demande d’autorisation déposée dans les 18 mois. |
| Note de renseignements d’urbanisme | Non : aucun texte ne la prévoit. | La zone, les règles, les servitudes, les préemptions et les périmètres qui touchent la parcelle, à une date donnée. |
Les travaux passés : autorisations et conformité
Véranda, extension, garage transformé, piscine : lorsque le bien a évolué, le notaire demande en général les autorisations correspondantes, permis de construire ou déclaration préalable. À l’achèvement, une déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux est adressée à la mairie (article L462-1 du code de l’urbanisme). L’administration dispose de trois mois à compter de sa réception pour contester la conformité des travaux, cinq mois lorsque le récolement est obligatoire (article R462-6) ; passé ce délai, elle ne peut plus la contester (article L462-2).
Le délai de dix ans et ses limites
Lorsqu’une construction est achevée depuis plus de dix ans, un refus de permis ou une opposition à déclaration préalable ne peut pas être fondé sur l’irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l’urbanisme (article L421-9). Cette règle ne s’applique pas, notamment :
- lorsque la construction a été réalisée sans aucun permis alors qu’un permis était requis ;
- lorsqu’elle expose, par sa situation, ses usagers ou des tiers à un risque de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente ;
- lorsqu’une action en démolition a été engagée, ou dans un parc national, un site classé, sur le domaine public ou dans les zones de danger d’un plan de prévention des risques naturels.
Ce délai protège les demandes d’autorisation futures ; il n’efface pas tout. La commune ou l’intercommunalité compétente peut aussi demander au tribunal judiciaire la démolition ou la mise en conformité d’un ouvrage édifié sans l’autorisation exigée ou en méconnaissance de celle-ci ; cette action civile se prescrit par dix ans à compter de l’achèvement des travaux (article L480-14). Poursuites pénales et actions des voisins obéissent à leurs propres règles : interrogez le notaire.
Ce que l’acquéreur doit regarder selon son projet
| Projet de l’acquéreur | Points à vérifier | Document utile |
|---|---|---|
| Habiter le bien en l’état | Zone du PLU, servitudes, droit de préemption, emplacement réservé éventuel. | La note ; les réponses du notaire. |
| Agrandir : extension, surélévation, véranda, piscine | Règles de la zone (hauteur, emprise au sol, reculs), abords d’un monument historique, plan de prévention des risques, régularité des constructions existantes (article L421-9). | La note pour les règles ; puis un certificat d’urbanisme opérationnel ou une condition suspensive d’obtention du permis. |
| Diviser pour détacher un terrain à bâtir | Zone, desserte par les réseaux, servitudes, règles d’implantation. | Un certificat d’urbanisme opérationnel décrivant la division. Voir comment savoir si un terrain est constructible. |
| Changer de destination : grange en logement, commerce en habitation | Destinations autorisées par le règlement de la zone ; en zone A ou N, bâtiment désigné par le PLU (article L151-11) ou, pour un ancien bâtiment agricole, dérogation possible sous conditions (article L152-6-9). | La note pour la zone et le règlement ; voir lire une zone du PLU. |
Si le projet compte dans la décision d’achat, dites-le avant l’avant-contrat : il peut devenir une condition de la vente.
Le rôle de l’agent immobilier
L’annonce que diffuse l’agent immobilier doit indiquer comment accéder aux informations sur les risques (article L125-5 du code de l’environnement). Son devoir d’information et de conseil s’apprécie au cas par cas. Ainsi, l’agent dont il n’était pas établi qu’il connaissait des travaux d’agrandissement réalisés dix ans plus tôt, sans indice d’une difficulté, n’avait pas, n’étant pas un professionnel de la construction, à vérifier leur conformité aux permis ni l’implantation des ouvrages au regard des règlements d’urbanisme : la Cour de cassation a approuvé la cour d’appel de l’avoir déduit de ces circonstances (Cass. 1re civ., 25 novembre 2015, n° 14-22.102).
Les clauses du compromis
Une obligation est conditionnelle lorsqu’elle dépend d’un événement futur et incertain ; la condition est suspensive lorsque son accomplissement rend l’obligation pure et simple (article 1304 du code civil). Si elle défaille, l’obligation est réputée n’avoir jamais existé (article 1304-6). Service-public.fr cite, parmi les conditions suspensives possibles, l’obtention d’un certificat d’urbanisme et la purge du droit de préemption. On rencontre notamment :
- une condition tenant à ce que les renseignements d’urbanisme ne révèlent pas de servitude ou de charge de nature à déprécier le bien ou à empêcher l’usage prévu ;
- une condition d’obtention d’un permis de construire ou d’une décision de non-opposition, souvent « purgé de tout recours », lorsque l’achat est lié à un projet de travaux.
La portée d’une condition dépend de sa rédaction (délai, document exigé) : elle se négocie avec le notaire avant la signature.
Ce que contient la note Urbaminute, et ce qu’elle ne remplace pas
La note Urbaminute rassemble, pour les parcelles du bien, le document d’urbanisme, la zone et ses principales règles, les servitudes, préemptions, emplacements réservés et prescriptions publiés, chacun avec sa source datée. Voir aussi son prix et son délai.
Questions fréquentes
La note d’urbanisme est-elle obligatoire pour vendre une maison ?
Non. Aucune loi ni aucun décret n’impose de l’annexer à l’acte. Le notaire la demande souvent, au titre de son devoir de conseil.
Qui demande la note : le vendeur, l’acquéreur ou le notaire ?
Le plus souvent le notaire, en préparant l’acte. Le vendeur ou l’acquéreur peut l’obtenir plus tôt, avant l’avant-contrat.
Peut-on vendre une maison avec une extension non autorisée ?
La vente reste possible, mais le vendeur qui connaît l’irrégularité doit en informer l’acquéreur. Après dix ans, l’irrégularité ne peut plus fonder un refus des autorisations futures, sauf exceptions, notamment si aucun permis n’a été obtenu alors qu’il en fallait un. Le notaire dira quelles précautions prendre.
Faut-il un certificat d’urbanisme pour vendre ?
Non. Il est utile lorsque l’acquéreur a un projet de construction, de division ou de changement de destination ; son obtention peut être une condition suspensive.
La note d’urbanisme remplace-t-elle l’état des risques ?
Non. L’état des risques est un document obligatoire distinct. La note peut mentionner un plan de prévention des risques comme servitude, sans le remplacer.
Sources
- Code civil, article 1112-1 (devoir d’information précontractuel)
- Code civil, article 1240 (responsabilité civile)
- Code civil, article 1304 (obligation conditionnelle, condition suspensive)
- Code civil, article 1304-6 (effets de la condition suspensive)
- Code de la construction et de l’habitation, article L271-1 (délai de rétractation)
- Code de la construction et de l’habitation, article L271-4 (dossier de diagnostic technique)
- Code de l’environnement, article L125-5 (état des risques)
- Code de l’urbanisme, article L213-2 (déclaration d’intention d’aliéner)
- Code de l’urbanisme, article L151-43 (servitudes d’utilité publique annexées au PLU)
- Code de l’urbanisme, article L151-11 (changement de destination en zones A et N)
- Code de l’urbanisme, article L152-6-9 (dérogation pour le changement de destination de bâtiments agricoles)
- Code de l’urbanisme, article L410-1 (certificat d’urbanisme)
- Code de l’urbanisme, article L421-9 (constructions achevées depuis plus de dix ans)
- Code de l’urbanisme, article L462-1 (déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux)
- Code de l’urbanisme, article L462-2 (contestation de la conformité)
- Code de l’urbanisme, article R462-6 (délai de contestation de la conformité)
- Code de l’urbanisme, article L480-14 (action civile de la commune, prescription de dix ans)
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 14 février 2018, n° 16-27.263 (notaire, note de renseignements d’urbanisme et plan de prévention des risques)
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 25 novembre 2015, n° 14-22.102 (agent immobilier, conformité des travaux)
- Assemblée nationale, question écrite n° 25914, réponse publiée au JO le 27 août 2013 (note de renseignements d’urbanisme)
- Service-public.fr : Promesse de vente d’un logement existant
- Service-public.fr : Diagnostics immobiliers à fournir en cas de vente d’un logement
Ce guide est une information générale, à jour à la date indiquée ; il ne remplace pas un conseil juridique adapté à votre situation.